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Démocratisation de la Beauté

Psychiatre et psychanalyste célèbre pour sa prise en charge de Lady Diana dans les années 90, Suzie Orbach est avant tout une activiste qui se bat pour une « démocratisation de la beauté » et le retour à une saine image de soi.  A 70 ans, Suzie est toute frêle, d’une vivacité pétillante et rayonne sous ses boucles brunes d’une séduisante féminité !

« La beauté et la minceur sont au cœur de tous les débats, tous les jours, dans tous les média, toutes les familles. Les grands magasins consacrent des étages entiers à la cosmétique avec des produits qui s’adressent à des marchés de plus en plus larges : les petites filles, les hommes ….  L’industrie de l’esthétique est aujourd’hui celle qui affiche le développement le plus performant. La nutrition est devenue un « problème » si bien que nous avons maintenant besoin de spécialistes et même de cliniques pour nous aider à retrouver un équilibre naturel. Les troubles du comportement alimentaires sont considérés aujourd’hui par la politique comme une industrie en pleine expansion. Un problème présenté de façon exclusivement binaire : votre IMC est normal ou pas, vous êtes obèse ou pas etc … Or si l’on se réfère aux recommandations, même Georges Clooney est en surpoids ! Ainsi, 90% de la population admet vouloir modifier son corps pour correspondre aux diktats et aux mensurations de la beauté moderne (seins, ventre, cuisses, nez, pénis …). Qui n’a pas « photoshoppé » son portrait avant de le poster sur facebook ? Quel présentateur TV n’a pas eu recours au maquillage avant d’apparaitre à l’écran ? L’industrie de l’esthétique a banalisé le besoin de remodelage, normalisé le recours à la chirurgie et aux procédures cosmétiques. Mais c’est dans la tête que vous vous sentez gros(se) ! En réalité, vous n’osez pas vous sentir OK dans votre corps et vous recherchez une reconnaissance visuelle extérieure. Les jeunes filles attendent des photos qu’elles publient sur les réseaux sociaux un nombre de clicks et de likes suffisant pour les rassurer ; et bien sur, elles retirent vite les images qui n’ont pas le succès escompté et les démoralisent !

Le but n’est pas de maigrir mais de trouver le bon équilibre pour se sentir bien dans son corps ; retrouver des rythmes naturels et un appétit qui s’autorégule naturellement. La faim qui est une sensation physiologique normale est devenue un ennemi pathologique. Aspirer à se sentir belle n’est pas un objectif condamnable mais quand cela devient un impératif c’est une dangereuse source d’angoisse qui peut devenir obsessionnelle. Personne à mon époque ne pensait vraiment devenir comme telle ou telle actrice, tel ou tel athlète. Les stars étaient là pour nous faire rêver, nous inspirer. Aujourd’hui leur idéal de beauté est devenu un impératif. Il faut ressembler à Barbie, quel que soit votre âge, votre condition, même juste après un accouchement !  Je vois des jeunes mères entamer des programmes sportifs, des régimes ou des injections de Botox quelques jours après une naissance. Leur visage perd de son expression et ne permet plus alors à l’enfant de voir chez sa mère toute la gamme d’émotions qu’il doit apprendre à reconnaitre et à s’approprier en grandissant. Le corps « parfait » tel qu’il apparait dans les média présente un idéal de beauté uniforme, unique, jeune et absolu à atteindre par tous les moyens possible : restrictions alimentaires, médicaments, chirurgie. Toute divergence avec cet idéal devient insupportable, nous nous sentons responsables, voire coupables de ces « défauts » qui doivent alors être corrigés. Nous construisons / remodelons alors un corps qui n’est plus le nôtre et nous désorganise de l’intérieur. Nous devenons les activistes les plus fervents d’une véritable auto-destruction. Pourquoi ce regard sur soi doit-il être si critique ? Le corps, l’apparence, n’est pas la cause ni la solution du problème. Il faut apprendre à ne plus se voir comme victime et utiliser cette opportunité de passer de powerless à powerful »

Propos recueillis par Francine Joyce

Suzie Orbach : « Fat is a Feminist Issue »

Paru dans L’Echo Magazine Avril – Mai 2016

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